L’enquête réalisée auprès de 51 enseignants dans le cadre du projet Compétences Numériques et Développement de l’Esprit Scientifiques (CNDES) apporte un éclairage précieux sur la place réelle du numérique dans les pratiques pédagogiques . Elle met en évidence un paradoxe structurant : le numérique est bien présent, mais encore peu mobilisé dans sa pleine capacité pédagogique.
74,5% des enseignants déclarent utiliser le numérique dans leur pratique professionnelle. Toutefois, cette présence reste majoritairement informelle et peu structurée, ce qui limite son impact réel sur les apprentissages. Dans le détail, les usages révèlent une forte concentration sur la préparation des cours avec 68,6% des enseignants qui utilisent des outils numériques en amont des séances pédagogiques. En revanche, seuls 39,2% les mobilisent en classe avec les élèves, et à peine 13,7% pour l’évaluation ou le suivi des apprentissages. Ce déséquilibre est révélateur. Le numérique est davantage un outil de facilitation pour l’enseignant qu’un véritable levier d’interaction pédagogique avec les élèves.
Les usages en matière de communication restent également limités (25,5%), bien que des outils comme WhatsApp soient déjà bien ancrés dans les pratiques (56,9%). Par ailleurs, des plateformes comme Google Search (52,9%) et des outils d’intelligence artificielle tels que ChatGPT (43,1%) témoignent d’une ouverture progressive des enseignants à des ressources variées. À l’inverse, TikTok reste marginal dans les usages professionnels (13,7%), confirmant une certaine prudence vis-à-vis des plateformes perçues comme récréatives.
Au-delà des pratiques, l’un des enseignements majeurs de l’enquête réside dans l’expression d’un besoin massif d’accompagnement. En effet, 74,5% des enseignants déclarent souhaiter un coaching en numérique. Ce chiffre est essentiel, il montre que la problématique n’est pas tant l’adhésion au numérique que la capacité à l’utiliser efficacement. Même les enseignants déjà utilisateurs expriment le besoin d’aller plus loin, de structurer leurs pratiques et de mieux intégrer ces outils dans leurs démarches pédagogiques.
Cette demande s’étend également au champ de l’orientation scolaire et professionnelle. Près de 66,7% des enseignants expriment un besoin d’outils numériques spécifiques pour accompagner les élèves dans leurs choix d’orientation. Cela traduit une évolution importante du rôle enseignant, qui ne se limite plus à la transmission des savoirs, mais intègre de plus en plus l’accompagnement des parcours.
En définitive, les enseignants apparaissent comme des acteurs clés de la transformation numérique de l’éducation. Si les conditions sont réunies, le numérique pourra pleinement jouer son rôle : non pas simplement faciliter le travail enseignant, mais enrichir les situations d’apprentissage, renforcer le suivi des élèves et soutenir des dispositifs innovants comme les Mini-Laboratoires de Recherche.

